Le cyberattaques ont encore battu des records en 2025 : le rapport annuel du CLUSIT fait état d’une augmentation massive des incidents à l’échelle mondiale, presque 49 % de plus qu’en 2024. Pour l’Italie, la hausse est également notable (+42 %) mais les analystes notent des signaux encourageants qui méritent d’être examinés de près. Voici un décryptage structuré des chiffres clés, des tendances et des implications pratiques pour les entreprises et les institutions italiennes.
Un panorama global en forte détérioration
Le rapport CLUSIT se base sur la compilation d’incidents connus à partir de sources ouvertes. Cette méthode assure une transparence utile, mais impose aussi des précautions d’interprétation : les données reflètent les incidents rapportés publiquement, et non l’ensemble des attaques réellement perpétrées. Malgré cette limite, la tendance est sans ambiguïté : le cybercrime a explosé, notamment grâce à l’utilisation croissante d’outils d’intelligence artificielle générative qui accélèrent et affinent les attaques.
Des chiffres qui parlent
Pourquoi la manufacture est devenue une cible privilégiée
La montée des attaques contre les industriels s’explique par deux facteurs principaux : l’adoption massive d’outils numériques sur les lignes de production et la valeur stratégique de l’arrêt de production. Les groupes de rançongiciels exploitent ces vulnérabilités : bloquer des systèmes OT/IT signifie paralysie industrielle et pression maximale pour payer une rançon.
Le cas italien : des signaux paradoxaux
Sur le papier, l’Italie suit la tendance mondiale (+42 %). Mais en creusant les données, des spécificités apparaissent. Les attaques de type DDoS représentent 38,5 % des incidents recensés en Italie contre seulement 6,4 % au niveau mondial. Cette disproportion s’explique en partie par des biais méthodologiques (la base de données CLUSIT alimente ses statistiques à partir de reportings médiatiques) et par un écho médiatique italien plus marqué pour ce type d’attaque.
Hacktivisme et DDoS : une narration amplifiée
Des progrès notables sur les vulnérabilités connues
Une bonne nouvelle se détache : là où le monde a vu une hausse de 65 % des incidents exploitant des vulnérabilités connues, l’Italie affiche une baisse de 79 % sur ce type d’incidents (passant de 67 à 14 cas recensés). Attention toutefois à l’interprétation : les volumes sont faibles et la statistique peut être sensible aux variations ponctuelles. Néanmoins, les experts attribuent ce recul en partie au renforcement de l’alerte automatique des vulnérabilités mis en place par l’Agence pour la Cybersécurité Nationale (ACN).
La gravité des incidents : un tableau nuancé
Le rapport introduit désormais une catégorie « extrême » pour qualifier des attaques causant des conséquences systémiques graves. Globalement, bien que le nombre d’incidents augmente, la part d’attaques très sévères reste gérable. En Italie, la proportion d’incidents à severity élevée/critique/extra est inférieure à celle observée dans d’autres pays, ce qui suggère une résilience relative — sans pour autant autoriser l’autosatisfaction.
Points faibles persistants : PME et investissements
Le rôle de l’État et des organismes nationaux
Le rapport souligne l’importance des mécanismes publics : l’alerte automatique aux vulnérabilités et les campagnes de sensibilisation sont des leviers efficaces. L’ACN semble avoir un effet positif, mais la coordination entre acteurs publics et privés doit encore progresser pour couvrir tout le tissu économique, notamment les petites et moyennes entreprises.
Recommandations pratiques pour les organisations
Le mot des experts
Les spécialistes invités à commenter insistent sur un message clair : l’Italie progresse, mais le chemin reste long. Les indicateurs positifs (baisse des incidents liés à vulnérabilités connues, résilience sur la gravité) ne doivent pas masquer le besoin d’investissements constants et d’une gestion stratégique de l’infrastructure numérique nationale.
En définitive, le rapport CLUSIT 2026 offre une image contrastée : une cybermenace mondialisée qui s’intensifie, dopée par l’IA et la numérisation, mais aussi des signaux encourageants pour l’Italie qui, grâce à des dispositifs d’alerte et une meilleure culture de sécurité, parvient à limiter certains vecteurs d’attaque. La tendance invite à accélérer les investissements publics‑privés et à consolider des solutions concrètes pour protéger l’économie réelle, en particulier le tissu des PME industrielles, véritable colonne vertébrale du pays.
