Le blackout numérique déclenché par l’Iran début janvier 2026 a remis en lumière une réalité souvent sous-estimée : les réseaux satellitaires, aussi sophistiqués soient‑ils, ne sont pas immunisés contre les manœuvres étatiques. Starlink, le service de connexion par satellite de SpaceX, a été présenté comme une solution de contournement face aux coupures Internet. Pourtant, ce qui s’est déroulé montre qu’en environnement répressif, contrôler le sol suffit souvent à neutraliser le ciel.
Un blackout volontaire et massif
Le 8 janvier, les autorités iraniennes ont mis en œuvre un blocage numérique à grande échelle. Plus qu’une simple coupure des réseaux mobiles et fixes, l’opération visait à isoler le pays en bloquant ou perturbant massivement les voies de communication alternatives. En quelques heures, des dizaines de millions d’habitants se sont retrouvés coupés du monde. L’objectif affiché était de couper l’accès aux flux d’information et de compliquer la coordination des mouvements de protestation.
Pourquoi Starlink n’a pas été la solution miracle
Starlink est souvent perçu comme une échappatoire technologique : satellites en orbite basse, gestion dynamique des connexions, indépendance des infrastructures locales. Cet argument tient très bien en situation de catastrophe naturelle ou d’infrastructure effondrée. Mais il se heurte à des réalités opérationnelles quand l’adversaire maîtrise le terrain. En Iran, plutôt que d’attaquer directement les satellites — option difficile et risquée — l’approche a consisté à rendre l’usage de Starlink instable, dangereux ou impraticable.
Les méthodes de perturbation employées
Au total, ces actions ne coupent pas nécessairement la présence orbitale de Starlink, mais elles détruisent son utilité opérationnelle sur le terrain.
Des effets concrets : instabilité et perte d’accès
Le résultat a été une connectivité intermittente, lente et peu fiable — suffisante pour rendre Starlink inefficace comme canal d’information de masse. La stratégie iranienne ne visait pas forcément à annihiler chaque signal, mais à réduire la valeur du service : un accès sporadique ou sur‑contrôlé ne permet ni coordination fluide ni diffusion fiable d’images et d’informations. Bref, la perception d’un réseau « invincible » s’est effritée.
Le contrôle du sol reste décisif
Cet épisode rappelle une règle simple mais capitale : la géopolitique du numérique se joue d’abord au sol. Les infrastructures matérielles, les points d’accès et les usages sont soumis aux lois locales, aux forces de l’ordre, aux saisies et aux mesures de guerre électronique. Tant que ces vecteurs restent vulnérables, la satellisation de la connectivité ne garantit pas l’accès libre à l’information.
Implications géopolitiques et de sécurité
En Europe, ces débats prennent de l’ampleur : comment assurer une connectivité d’urgence si l’accès dépend d’acteurs extérieurs ? Quels cadres juridiques et dispositifs de protection mettre en place pour protéger populations et infrastructures ?
Que peut‑on apprendre pour l’avenir ?
Le cas iranien est une piqûre de rappel : la technique seule ne suffit pas. Les technologies doivent être accompagnées de protections politiques, juridiques et communautaires pour rester opérationnelles lorsque leur utilité est la plus cruciale.
Une technologie puissante, mais pas omnipotente
Starlink reste une avancée remarquable — sa capacité à fournir une connectivité dans des zones isolées est indéniable. Mais l’épisode iranien montre ses limites face à des stratégies systémiques de contrôle. En situation de conflit ou de répression, la complexité des interactions entre infrastructures au sol, capacités électromagnétiques et contraintes politiques peut réduire l’impact d’une constellation satellitaire. Pour les décideurs comme pour les citoyens, l’important est désormais de concevoir des systèmes de communication robustes, diversifiés et protégés, car la liberté de communiquer dépend autant des technologies que des protections qui les entourent.
